Accueil Les invariants La notion englobante d'effet de vie

La vocation de cette rubrique est de rassembler toutes les citations d'artistes passés à la postérité et s'approchant, chacune avec son langage, de l'idée qu'une oeuvre d'art est réussie lorsque l'artefact concret qu'elle est crée un effet de vie dans la psyché et plus généralement dans l'ensemble corps-cerveau-esprit du récepteur.

Voici trois exemples : donnez-nous-en d'autres !

Kandinsky, Du spirituel dans l'art et dans la peinture en particulier, traduit de l'allemand par Nicole Debrand et du russe par Bernadette du Crest, Denoël, Folio/Essais, p. 56 :" Chaque tableau contient mystérieusement toute une vie, avec ses souffrances, ses doutes, ses heures d'enthousiasme et de lumière."

Berlioz, Mémoires (1865), éd. Pierre Citron, Paris, Flammarion, 1991, p. 335 :" Alors souvent, mais seulement alors, l'auteur-chef oublie complètement le public : il s'écoute, il se juge : et si l'émotion lui arrive partagée par les artistes qui l'entourent, il ne tient plus compte des impressions de l'auditoire trop éloigné de lui. Si son coeur a frissonné au contact de la poétique mélodie, s'il a senti cette ardeur intime qui annonce l'incandescence de l'âme, le but est atteint, le ciel de l'art lui est ouvert, qu'importe la terre (c'est nous qui soulignons)."


Rodin, L'Art. Entretiens réunis par Paul Gsell, Grasset, 1911, p. 47 : " Il parlait bas avec une ardeur dévote. Il se penchait sur ce marbre comme s'il en eut été amoureux. -C'est de la vraie chair! disait-il. Et, rayonnant, il ajouta : -On la croirait pétrie sous des baisers et des caresses! Puis, soudain, mettant la main à plat sur la hanche de la statue : - On s'attendrait presque, en tâtant ce torse, à le trouver chaud." [...] "Tandis que la vie anime et réchauffe les muscles palpitants des statues grecques, les poupées inconsistantes de l'art académique sont comme glacées par la mort."

 

Un grand merci à Mme Michère Barbe qui nous envoie ce texte :

O. Redon, A soi-même, Jouranl 1867-1915, Paris, José Corti, 1961, p. 38.

"Toutes les fois qu'une figure humaine ne peut donner l'illusion qu'elle va, pour ainsi dire, sortir du cadre pour marcher, agir, penser, le dessin vraiment moderne n'y est pas. On ne peut m'enlever le mérite de donner l'illusion de la vie à mes créations les plus irréelles. Toute mon originalité consiste donc à faire vivre humainement des êtres invraisemblables selon les lois du vraisemblable, en mettant, autant que possible, la logique du visisble au service de l'invisible."

 

Un grand merci à Gilles Saint-Arroman qui nous envoie ces deux textes

 

Arnold Schoenberg, Le Style et l’idée, choix d’écrits réunis par Leonard Stein, traduit de l’anglais par Christiane de Lisle, Paris, Buchet/Chastel, 1977, p. 350 : « Je me souviens fort bien que la première fois que j’entendis la Deuxième symphonie de Mahler, je fus pris, notamment au cours de certains passages, d’une émotion qui se traduisit par une violente réaction physique, mon cœur battant à se rompre. Toutefois, lorsque j’eus quitté le concert, je ne manquai pas de soumettre ce que j’avais entendu à un examen objectif, appuyé sur les critères qui m’étaient familiers en tant que musicien et auxquels doit satisfaire, suivant le consensus général, toute œuvre d’art sans aucune restriction possible. Et ainsi oubliai-je ce qu’il y avait de plus important, à savoir que l’œuvre avait produit sur moi une impression jamais éprouvée auparavant et m’avait conquis malgré moi, comme par envoûtement. En vérité, une œuvre d’art ne saurait produire d’effet plus grand que lorsqu’elle fait ressentir à l’auditeur les mêmes émotions qui bouillonnaient au cœur du créateur, l’auditeur se trouvant à son tour embrasé de la même fièvre. Or j’avais été bouleversé, complètement bouleversé. »  ( cf. "Gustav Mahler", 1912, 1948).

Les Écrits de Paul Dukas sur la musique, Paris, Société d’éditions françaises et internationales, 1948, pp. 61-62 : "[I]l est de toute évidence qu’aux impressions produites par la musique il faut rapporter, en premier lieu, la façon dont ses combinaisons se peignent dans l’âme de l’auditeur et tout ce que ce dernier y mêle de sa propre personnalité. Voilà qui nous semble irréfutable. C’est le principe même qui élève toute espèce d’art au-dessus d’un exercice mécanique de sons, de couleurs ou de mots, et c’est par un raisonnement analogue qu’Amiel a pu dire qu’un paysage était « un état d’âme ». Combien plus une toile qu’une symphonie de maître ! et qui pourrait nier qu’un art condamné à ne pas dépasser ses procédés techniques ne soit un art inférieur ? Qui pourrait nier que les plus belles œuvres de tous les arts dans tous les temps, ne soient aussi celles dans lesquelles l’âme humaine se retrouve avec le plus de certitude et se contemple le plus profondément ?" ("La Symphonie en ré de J. Brahms", 1892).