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La notion d'effet de vie définit globalement ce qui se passe dans le corps-esprit-cerveau du récepteur lorsque l'oeuvre d'art réussit. Mais elle ne dit ni le comment, ni le pourquoi : ce sont les invariants-corollaires qui tentent de le préciser. Le premier invariant-corollaire concerne les qualités des matériaux utilisés par les artistes. Il rassemble les citations des créateurs passés à la postérité signifiant les conditions nécessaires pour qu'un matériau, le son, le marbre, les mots etc., donne à l'artiste l'envie de le travailler en vue d'un effet de vie. Voici trois exemples. 1. Kandinsky, Du spirituel dans l'art et dans la peinture en particulier, 1911, traduit de l'allemand par Nicole Debrand et du russe par Bernadette du Crest, Denoël, Folio/Essais, 1954, p.106 : "Et de même que la sensation physique du froid de la glace, lorsqu'elle pénètre plus profondément, éveille d'autres sensations plus profondes et peut évoquer toute une chaine d'événements psychiques, l'impression superficielle de la couleur peut se développer jusqu'à devenir un événement." 2. [Yueji] Le Livre de musique de l'Antiquité chinoise, configuré et traduit par Véronique Alexandre Journeau, éd. You Feng, pp. 3-5 : "Toute note de musique / a son origine dans le coeur de l'homme. [...] Toute note de musique / est engendrée / sa racine est dans le coeur de l'homme / ému au contact du monde." 3. Quintilien, Institution oratoire, Livre VIII, 2, 11, éd. Jean Cousin, Paris, Les Belles Lettres, Budé, t. V, p. 56 . Quintilien remarque ici en passant qu'il y a des mots "qui laissent entendre plus qu'ils ne disent[...] (quae plus significant quam elocuntur [...]. Il ne développe pas sa remarque parce que c'est la clarté qui est alors son sujet, mais il suffit de rapprocher ces quelques mots des innombrables textes d'écrivains disant l'effet spécial de certains mots sur leur sensibilité pour y trouver l'invariant du matériau incitatif.
Voici des textes de Rodin montrant que le temps et le mouvement peuvent être des "matériaux" de la sculpture : "L'art n'existe pas sans la vie [...] Or l'illusion de la vie s'obtient dans notre art par le bon modelé et par le mouvement." Il explique alors le comment : "Notez d'abord que le mouvemelnt est la transition d'une attitude à une autre. Cette simple remarque qui a l'air d'un truisme est, à vrai dire, la clé du mystère. [...] Le sculpteur indique comment insensiblement la première glisse à la seconde. Il prend alors l'exemple du Maréchal Ney de Rude et montre que les jambes sont encore dans la position que Ney avait quand il a dégainé, mais que le torse, la tête et le bras droit sont déjà dans l'instant suivant. Plus loin Rodin explique que le mouvement réel, si photographié, fait une impression d'immobilité, mais que, par exemple, la Course d'Epsom de Géricault apporte l'illusion du mouvement bien que la position des chevaux soit physiquement et photographiquement fausse. Voyez Auguste Rodin, L'art. Entretiens réunis par Paul Gsell, Grasset, 1911, pp. 56 et suiv. |
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